COLLOQUE VOX POL « WORKSHOP ON ONLINE JIHADISM »

PETIT RETOUR DU COLLOQUE VOX POL « WORKSHOP ON ONLINE JIHADISM » DU 16-17 OCTOBRE 2017 À LONDRES : NETWORK OF EXCELLENCE FOR RESEARCH IN VIOLENT ONLINE POLITICAL EXTREMISM

– Charlie Winter (UK) qui continue son analyse de la communication de Daesh, a expliqué comment ils sont passés des thèmes liés à l’utopie (2015), à ceux liés à la guerre (2016-2017) et maintenant à la nostalgie… Avec un changement de format : plus courtes, plus nombreuses et plus variées (normal, ils accentuent l’individualisation de l’approche…)

– Myriam Benraad (France et The Netherlands), qui a analysé comment les « djihadistes » ont réussi à banaliser leurs discours, en se présentant comme des acteurs ayant un rôle moralisateur. Elle a insisté sur le fait que les « djihadistes » construisent un récit normatif qui identifie le mal fondamental, et ensuite permet la construction de l’ennemi. (cela raisonne aux oreilles de mon équipe, qui a vite compris sur le terrain qu’il fallait reconnaître l’idéal poursuivi par le jeune embrigadé pour ensuite lui faire comprendre qu’il s’était trompé d’engagement… )

– Les chercheurs arabes ont pointé leur surprise quand ils se sont rendus compte que les recruteurs se mettaient à parler en anglais et en français…

– Abdulmunam Almushawah (Arabie Saoudite) a souligné qu’on ne pouvait repérer l’idéologie djihadiste en se contentant d’analyser les dialogues (c’est ce qu’on essaye de faire comprendre à tous les informaticiens qui veulent construire des logiciels pour piéger les djihadistes… Ces malins utilisent bien les termes des autres musulmans, mais ils les interprètent autrement et cela génère de la peur, puis de la haine, puis des passages à l’acte… C’est cette réflexion qui nous a conduit à rédiger le livre téléchargeable sur le site du CPDSI.FR « DÉTECTER LE PASSAGE À L’ACTE EN REPÉRANT LA MANIPULATION DES TERMES MUSULMANS PAR DAESH »…

– Ils reconnaissent la difficulté de les faire quitter cette idéologie (leur modèle de désengagement se base pratiquement uniquement sur une approche idéologique)…

– Il y avait aussi une chercheuse du Koweit, une de Russie… Le Maroc, le Liban, les Etats-Unis, etc.

– Personnellement, j’ai développé la façon dont les recruteurs français adaptent l’idéologie djihadiste aux différents profils des jeunes grâce à la communication qu’ils engagent avec eux de manière anonyme sur internet… Et l’importance de la triple dimension relationnelle, émotionnelle et idéologique dans le processus de radicalisation (et de « déradicalisation »).

Nota bene : le besoin de se rassurer en faisant des liens de cause à effet est international : même les chercheurs ont besoin de se rassurer et nombreux sont ceux qui sont persuadés, surtout dans les pays du Maghreb, qu’il suffit d’améliorer les injustices sociales pour protéger les jeunes du « djihadisme ». Quand je raconte qu’en France, les recruteurs ont réussi à toucher aussi des jeunes de bonnes familles, je sens bien qu’ils n’ont pas envie de me croire… De toutes façons, lutter contre les injustices sociales ne peut être que positif (partout, pas qu’au Maghreb !), même si des jeunes de classe moyenne ou supérieure s’engagent tout de même dans cette idéologie…

Bonne nouvelle : tous les chercheurs sont d’accord pour dire que les « repentis », qui ont vu la réalité des actions et des identités des groupes djihadistes, peuvent témoigner pour aider les embrigadés à comprendre le caractère mensonger de la propagande des recruteurs. Peut-être qu’en France on finira par l’accepter un jour aussi…