Léa : avec investigation et vidéo

L’adolescente, mise en examen en 2014 pour avoir projeté de commettre un attentat-suicide dans une synagogue de Lyon, a suivi un programme de désembrigadement. Lylia Bouzar, qui l’a côtoyée, raconte à BFMTV.com le combat de ses proches pour la rattraper.


Lundi, elle a fait la une des médias lorsqu’Europe 1 a révélé son incarcération en détention provisoire depuis janvier, après un départ avorté vers la Syrie à Noël. Léa (*), 17 ans, avait pourtant suivi un programme de déradicalisation durant près d’un an, auquel elle avait elle-même mis fin en juillet dernier.

L’adolescente avait été mise en examen puis placée sous contrôle judiciaire en août 2014, pour avoir projeté de commettre un attentat dans une synagogue à Lyon. Désembrigadée petit à petit de ses convictions jihadistes grâce à ses parents et aux membres du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam, elle a pourtant renoué sur Internet avec ses anciens contacts au sein de Daesh ces derniers mois, brisant son contrôle judiciaire. Résultat: la case prison, un lieu qu’elle n’avait jamais côtoyé jusqu’à présent.

“Ce n’est, tristement, pas étonnant. Nous avions réussi à travers des groupes de parole à lui faire prendre conscience du mécanisme cognitif d’embrigadement qu’elle a subi, de la façon dont Daesh a réussi à avoir un discours d’autorité sur elle et à la convaincre de mener une action terroriste. En revanche, elle n’avait pas encore dénoué son addiction relationnelle à eux. Elle est retombée dès qu’elle a eu accès à Internet”, explique à BFMTV.com Lylia Bouzar, qui préside le Centre de prévention.

Un discours similaire à celui d’une toxicomane

La jeune fille, qui écrit quasi quotidiennement depuis janvier à ses parents depuis sa cellule, tient “un discours similaire à celui d’une toxicomane”, “comme une alcoolique sobre face à une bouteille”, poursuit la chercheuse.

“Elle leur dit qu’elle regrette de les avoir contactés, qu’elle savait qu’elle ne devait plus leur parler, mais que ça a été plus fort qu’elle. D’autant que les membres de Daesh ne l’ont jamais lâchée: ils se sont structurés autour d’elle comme un trophée, tantôt pour la harceler et la culpabiliser, tantôt pour la rassurer et la valoriser. Casser cette relation est le plus dur pour les jeunes que nous suivons, et parfois, les groupes de parole que nous leur proposons ne suffisent pas à la substitution”, admet Lylia Bouzar.

Les parents rongés d’angoisse

A l’été 2014, quand les parents de la jeune fille, tous deux athées, ont poussé la porte du Centre de prévention fondé par l’anthropologue Dounia Bouzar, ils étaient désespérés. Une angoisse terrible qui ne les a jamais quittés depuis.

“En avril 2014, Léa, qui avait été approchée sur Internet par des membres de l’Etat islamique, avait décidé de partir en cachette en Syrie. Ils l’ont d’abord convaincue de venir pour aider les populations touchées par la guerre. Au moment de son départ, elle a fait un malaise et s’est retrouvée hospitalisée. Là, elle a avoué son projet avorté à ses parents, qui sont tombés des nues. Ils l’ont encadrée, suivie de près, ils ont contacté la police, et ont pensé que ça lui passerait”, nous raconte Lylia Bouzar. Mais trois mois plus tard, l’horreur monte d’un cran: leur fille est interpellée pour avoir projeté un attentat à Lyon. “Les membres de Daesh ont réussi à la convaincre qu’à défaut d’aider les civils sur place, elle devait tuer les “mécréants” qui l’empêchaient de partir, et qui se rendaient complices du massacre des populations”, soupire Lylia Bouzar. Epaulés, les parents de Léa ont alors redoublé d’attention, sa mère allant jusqu’à cesser de travailler pour rester avec elle. Petit à petit, la jeune fille a pris conscience de ce qu’elle avait vécu, comme elle le raconte dans cette vidéo.

Le 24 juillet 2015, après l’avoir côtoyée durant près d’un an, Dounia Bouzar écrit un rapport à la justice, et demande que la jeune fille soit prise en charge dans un centre éducatif fermé, “pour qu’elle ait un rappel à la loi, et surtout plus du tout moyen d’avoir Internet”.

“Ses parents avaient tout coupé chez eux, et lui avaient confisqué son smartphone, mais nous savions que si elle réussissait à se reconnecter à l’extérieur, elle replongerait”, décrypte Lylia Bouzar.

Son désembrigadement n’est pas terminé

Mais la juge antiterroriste en charge de l’instruction de son dossier refuse de l’enfermer. Et l’adolescente, profitant de la situation et agacée d’être privée de tout moyen de communication, fait croire à des assistants sociaux que ses parents sont trop sévères avec elle. “Elle a obtenu d’être placée en foyer quelques semaines. C’est là qu’elle a pu se procurer un portable, et qu’elle est retombée dans les filets des rabatteurs de Daesh”, regrette Lylia.

Quand son père l’a compris, il a prévenu les autorités, à la fin de l’année 2015. “Ca a été un déchirement pour lui, mais il savait qu’il agissait pour son bien”, poursuit la chercheuse. La jeune fille doit prochainement être expertisée par des psychiatres. Une mesure que ses parents attendent avec impatience, espérant que celle-ci prouvera que leur fille a besoin d’être aidée. “Son désembrigadement n’est pas terminé. C’est un combat de la vie contre la mort”, conclut Lylia Bouzar.
(*) prénom modifié

Source : BFMTV